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MÉMOIRES

DU MUSÉUM

D’HISTOIRE NATURELLE.

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MÉMOIRES

DU "MUSÉUM

D’HISTOIRE NATURELLE,

PAR

LES PROFESSEURS DE CET ÉTABLISSEMENT.

OUVRAGE ORNÉ DE GRAVURES. DÉDIÉ AU ROI.

TOME SECOND.

CHEZ G. DUFOUR, LIBRAIRE, RUE DE VAUGIRARD , JV®. 34, AU COIN DE LA RUE GARANCIÈRE,

i8i5.

NOMS DES PROFESSEURS.

messieurs ,

Cuvier

Desfontaines. . . .

Faujas-Saint-Fond . Geoffhoy-St.-Hiiaire.

Haüy

A. L. Jussieu . . .

Lacépède

Lamarck. . . . .

Laugier

PoRTAL

A. Thouin

Vauquelin

Vanspaendonck. . .

Deleuze, . . . .

Anatomie des animaux.

Botanique au Muséum.

Géologie , ou Histoire naturelle du globe. Zoologie. Mammifères et oiseaux. Minéralogie.

cl

Zoologie.

Botanique à la campagne.

Reptiles et poissons

Insectes, coquilles, madrépores, etc.

Chimie générale.

Anatomie de l’homme.

Culture et naturalisation des végétaux.

Chimie des Arts.

Iconographie , ou l’art de dessiner et de peindre les productions de la nature.

Secrétaire de la Société des Annales.

MÉMOIRES

DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE.

OBSERVATIONS

Sur les Tourmalines s particulièrement sur celles qui se trouvent dans les États-Unis.

PAR M. HAÜY.

Ij a distinction des espèces minérales , ramenée à son véri- table point de vue, est fondée sur le principe que ce qu’elles ont de fixe et d’invariable réside uniquement dans la forme et dans la composition de leurs molécules intégrantes, dont chacune n’occupe qu’un point dans l’espace rempli par le corps auquel elle appartient. C’est vers ce point qu’a été dirigée l’action de l’affinité, qui a réuni les molécules élé- mentaires suivant le rapport assorti à la nature de la substance qui devoit naître de cette réunion. Tout le reste a été l’effet des circonstances locales dans lesquelles se trouvoient les molécules intégrantes , pendant la formation du corps qui en est fassemblage. Les qualités du fluide qui agissoit sur ces molécules, pour balancer en partie l’attraction qu’elles exer- çoient les unes sur les autres , ont influé sur les lois d’arran- gement qui ont déterminé la forme cristalline. Des molé- cules étrangères suspendues dans le même fluide se sont Mém. du Muséum, t. 2. i

2

O B S E R VA T I O N S introduites entre les molécules propres du corps qu’elles en- vironnoient, et ont amené les modifications dépendantes de la couleur, de la transparence, du poli et de tout ce qui constitue \e Jades. ^

De ce qui précède résulte un fait que tous ceux qui cul- tivent la minéralogie sont à portée d’observer, savoir que les cristaux d’une même espèce engagés dans une grande masse dont la composition géologique est uniforme, se ressemblent, en général, par les caractères qui parlent aux sens, en sorte que si d’autres cristaux diffèrent sensiblement de ceux-là sous le même rapport, cette différence en indiquera une dans les composans de la masse qui les renferme (i). Ainsi les cristaux de feld-spath connus sous le nom à'adulaire que l’on trouve au Saint-Gothard dans les fissures des roches de gneiss et de mîca schistoïde, et qui sont d’une couleur blanchâtre, jointe à une transparence plus ou moins nette, à un éclat très- vif et à des reflets nacrés , tranchent fortement par leur aspect à côté des cristaux de la même substance qui font partie des granités de Êaveno , et qui réunissent à une opacité parfaite une surface presque mate, dont la couleur est le rouge incarnat.

Cette diversité de caractères extérieurs produite par l’in- fluence des circonstances locales , dans des corps de la même nature, a souvent été prise pour l’indice d’une distinction

(i) Cela n’empêche pas qu’il n’existe dans des roches difierentes des cristaux qui présentent le même aspect. L’observation que j’ai principalement en vue dans cet article porte sur ce qu’il est rare qu’il y ait une diversité notable entre les cristaux d’une même espèce que l’on rencontre da ns un ten-ein constitué uni- formément.

SUR LES Tourmalines. 3

spécifique, et telle a été la principale cause des défauts qui déparent les méthodes fondées sur les caractères dont il s’agit. La chaux carbonatée magnésifère ou dolomie du St.-Gothard n’a pas borné ses relations avec la trémohte à fournir les matériaux de la roche qui devoit lui servir de gangue^ elle lui a imprimé les caractères qui l’ont fait placer dans une espèce à part. La vue de ces aiguilles d’un blanc soyeux citées dans les descriptions de cette pierre comme la pre- mière de ses sous-espèces (i), écartoit toute idée d’un rap- prochement avec la hornblende d’un noir foncé , telle qu’on la rencontre dans une multitude d’endroits, et en particu- lier au cap de Gâte en Espagne , ses cristaux sont engagés dans un feld-spath porphyrique altéré ( thon porphyr ). Ici la couleur qui parmi les caractères des minéraux est mise au premier rang, plaçoit les deux espèces aux deux extrémités de la série dont l’une offre tous les rayons réunis et l’autre leur absorption totale.

Ces réflexions m’ont paru nécessaires pour préparer la des- cription que je donnerai bientôt d’un gissement de tourma- lines, d’où résulte un fait assez curieux en lui-même pour mériter d’être connu , et qui m’a paru d’autant plus intéres- sant que les conséquences qui s’en déduisent attaquent dans leur source les méprises qu’a occasionnées la corrélation entre les caractères extérieurs des cristaux et la diversité des tei- reins qui les renferment. Mais avant d’exposer ce fait, je vais reprendre en peu de mots l’histoire de la tourmaline consi- dérée sous le rapport de la classification.

(i) Voyez le Traité élémentaire de Minéralogie , suivant les principes du pro- fesseur Werner, parM. Brochant, ingénieur en chef des mines, t. I,p. 5t4.

4 Observations

La variété de cette pierre que l’on trouve à Ceylan , et qui paroît avoir été la plus anciennement connue, fut d’abord réunie avec la zéolithe par plusieurs minéralogistes. Romé de risle l’en sépara , pour l’associer, éous le nom de scfiorl, à diverses substances qui occupent aujourd’hui des places distinctes dans toutes les méthodes, telles que l’axinite, l’am- phibole, l’épidote, etc. (i). On ne connoissoit guère alors, outre la variété de Ceylan qui vient d’être citée, que les tourmalines vertes ou bleu-verdâtres du Brésil, et les tour- malines noires ou d’un noir-brunâtre, qui se trouvent à Madagascar, en Espagne et dans divers autres pays. M. Werner rassembla toutes ces variétés dans une même espèce à laquelle il conserva le nom de scliôrl, et qu’il partagea en deux sous-espèces, savoir : \q gerneiner schôrl ou le schorl commun, qui comprenoit les tourmalines noires, et Xelec- trischer schôrl ou le schorl électjHqiie , auquel apparte- noient les tourmalines colorées. Cette distinction subsiste en- core aujourd’hui dans la méthode de M. Werner, malgré les nombreuses expériences c]ui prouvent cjue le gemeiner schôrl xiQ'ÿi pas moins électrique tjue celui auc[uel la no- menclature semble attribuer exclusivement la propriété in- dicjuée par ce mot (2).

(l) Crisiallographie , t. II , p. 344 et suiv.

{g) Je suppose qu’il s’agit ici de l’électricité acquise par la chaleur, et non pas simplement de celle que fait naître le frottement, et qui disparort dans une grande partie des tourmalines noires, auxquelles les matières hétérogènes dont elles sont mélangées ont fait perdre leur propriété idioélectrique. La distinction considérée sous ce rapport deviendroit tout-à-fait insignifiante, puisqu’elle convient à toutes les espèces de pierres qui ont des variétés transparentes et d’autres opaques.

SUR LES Tourmalines. 5

On découvrit plus récemment, dans les granités des monts Ourals, en Sibérie, une tourmaline violette dont on fit une espèce distincte, sous les noms de sibérite et àe daouT'ite. M. de Dandrada, célèbre minéralogiste portugais, décrivit une autre variété en aiguilles d’un bleu indigo , qu’il avoit observée à Utôn en Suède , dans une roche composée de feld-spath incarnat, de quarz gris et de talc lamelliforme, et cjn’il regarda aussi comme une espèce particulière à laquelle il donna le nom di' indicolithe (i). Dolomieu reçut de petits cristaux en prismes blanchâtres, trouvés au St.-Gothard, ils sont engagés dans une dolomie, et que l’on associoit au schorlartiger beryll, que l’on sait aujourd’hui être une va- riété de la topaze (i). Mais il reconnut bientôt que ces cristaux appartenoient à la tourmaline , dont ils ofFroient la variété isogone (3). D’autres cristaux en prismes allongés d’une cou- leur violâtre et quelquefois verdâtre, que l’on découvrit en Moravie , ils ont pour gangue , les uns le quarz , les autres la lépidolithe, furent réunis par M. Reuss avec le schorlarti- ger beryll, qui forme dans sa méthode une espèce à part, sous le nom de stangenstein.

J’ai publié deux Mémoires, l’un sur l’indicolithe et l’autre sur la sibérite, pour prouver l’identité de ces deux subs- tances avec la tourmaline (4), et j’ai réuni à celle-ci le mi-

(1) Joum. de Phys., t. LI, p. 243.

(2) Annales du Muséum d’hist. nat.,t. XI, p. 58 ; Journal des Mines , t. xxiir,

p.39.

(3) V^ojez le Mémoire très - intéressant puLlié par ce savant minéralogiste, sur

la couleur comme caractère des pierres, etc., Journ. de Phys. , t. III, janvier 1798 , p. 3o2 et suiv.

(4) Annales du Muséuni d’hist, ncrt., 1. 1, p. 25j et suiv. , et t. III , p. 233 et suiv.

6 Observations

néral de Moravie, dans mon Tableau comparai^, qui offre l’ensemble de toutes les variétés connues de la même espèce de pierre (i). Cette classification a été adoptée par les auteurs des méthodes les plus récentes, dans lesquelles l’indicolithe et la sibéiTte ne sont plus distinguées que comme sous-espèces de la tourmaline. Mais pour apprécier ce qui me reste à dire, relativement au fait que présente le gissement des tourma- lines dans les Etats-Unis , il faut se reporter aux époques des découvertes qui ont été faites successivement des variétés que j’ai citées, parce que les principes qui ont suggéré les fausses opinions que l’on en a d’abord conçues sont encore ceux qui servent de guides à une grande partie des minéra- logistes , dans la classification des minéraux qui s’offrent pour la première fois à leurs yeux.

Le gissement dont il s’agit existe dans le granité de la province de Massachuset. Mes observations ont été faites sur des fragmens de ce granité envoyés par MM. Bruce et Mit- chill, qui tiennent un rang distingué parmi les savans aux- cjuels le pays des Etats-Unis est redevable des progrès que la minéralogie et la chimie y ont faits depuis un certain nombre d’années, et dont les preuves sont consignées dans l’excellent journal américain rédigé par M. Bruce. Le granité qui renferme les tourmalines est composé de feld- spath en partie lamellaire et en partie granulaire, de quarz gris et de mica argentin. Parmi les tourmalines , les unes sont en prismes à neuf pans, d’un vert un peu obscur joint à la transparence dans les fi’agmens d’une médiocre épaisseur, en sorte qu’un

(ï) Pag. 38 etSj:*

SUR LES Tourmalines, 7

de ces fragmens placé entre la lumière et l’œil présente k peu près le même ton de couleur que la tourmaline verte dite émeraude du Brésil. D’autres cristaux sont eu prismes isolés ou en aiguilles groupées, dont la couleur est tantôt le bleu indigo et tantôt le bleu clair; ce sont les analogues de l’indicolithe; sur quoi je ne dois pas omettre que l’on trouve à Utôn une variété de cette dernière substance en niasses d’un bleu noirâtre, et que la tourmaline des Etats- Unis a, sous ce rapport, un nouveau trait de ressemblance avec elle. Dans certains morceaux , le bleu est remplacé par une couleur verdâtre , qui n’est pas non plus étrangère aux tourmalines des autres pays, Quelcjues cristaux de celle de Moravie en offrent une teinte sensible, et on la retrouve danj les tourmalines découvertes par M. Gamossy au Saint- Gothard, avec la différence que le vert y est d’un ton plus clair (i). Les mêmes fragmens de granité renferment des cristaux cylindroïdes d’une couleur violette, dont l’aspect rappelle la sibérite, et qui se rapprochent, par cette même couleur, de la substance de Moravie. D’antres cristaux enfin sont noirs comme la plupart des tourmalines engagées soit dans les granités ordinaires, soit dans le talc schistoïde, etc.

Quelquefois des individus de deux ou trois couleurs dif- férentes sont associés sur un même fragment. L’un d’eux, qui est un cristal cylindroïde violet, est enveloppé en grande par- tie d’une couche épaisse composée de cylindres verts, et les joints naturels dont on aperçoit les indices dans une fracture

(1) Les cristaux de celle-ci, qui sont d’une forme très-nette, appartiennent à une variété qui n’avoit pas encore été observée, et que j’ai décrite dans mon 'Tableau comparatif, p. 38.

Observations

8

qu’a subie le cristal violet se prolongent dans la couche verte dont il est entouré.

Il résulte des observations précédentes que , les cristaux qui en ont fourni le sujet présentent des diversités du même genre cpie celles qui ont fait placer la sibérite, l’indicolitlie et la substance de Moravie dans des espèces à part. La dif- férence des positions géologiques et celle des gangues, au moins relativement à leur aspect, étoit déjà une sorte d’in- vitation à les considérer comme étrangères les unes à l’égard des autres, pour des observateurs accoutumés à saisir tout ce qui se présentoit à leurs yeux soit dans la manière d’être des substances elles-mêmes, soit dans leurs alentours.' Mais le concours de leurs analogues resserrés dans un même es- pace , il y a partout uniformité de composition , prend ici visiblement en défaut les caractères extérieurs, qui offrent des contrastes dans une des circonstances en général ils sont le moins susceptibles de varier (i).

Quoiqu’ aucun des cristaux dont il s’agit ne soit d’une forme

(i) L’observation de ces contrastes dans des corps qui appartiennent évidem- ment à une même espèce, ainsi qu’on va le voir, peut encore servira prouver combien sont vicieux les noms spécifiques empruntés soit d’un simple accident de lumière, soit d’une forme quelconque , soit d’une circonstance locale, comme ceux Ci'indicolithe , de stangenstein et de sibérite. Si l’on adopte le premier, oui sera forcé de reconnoître des indicolilbes vertes; si l’on préfère le second , on aura des pierres en barres sous la forme d’un prisme à neuf pans, et l’admission du troisième placera des sibérites dans les Etats-unis. Je pourrois multiplier les exemples de ce genre. Mais ce que je viens de dire suffit, ce me semble, pour faire sentir la justesse du principe , que les noms tirés des couleurs et des modifi- cations de forme ne peuvent convenir qu’à des variétés, et que ceux qui ont rap- port aux pajs ne peuvent désigner que des individus. ( Traité de Minéralogie t. î,p. 175.)

SUR LES Tourmalines. q

assez prononcée pour être déterminable, la division méca- nique m’a fait reconnoître dans leur fracture des joints situés parallèlement aux faces d’un solide semblable au rhomboïde primitif de la tourmaline. De plus, le contour du piâsme à iieufpans, dont plusieurs présentent des indices très-marqués, est caractéristique relativement au même minéral ,^ainsi que le concevront aisément les cristallographes. D’une autre part, les mêmes cristaux, quelles que soient leurs couleurs, pos- sèdent tous la propriété de devenir électriques à l’aide de la chaleur. Ainsi, dans l’hypothèse même ils se seroient montrés sous des dehors tout différens de ceux qu’on leur observe, et même de ceux de toutes les autres vaiâétés de tourmaline, les caractères dont je viens de parler eussent suffi pour les faire reconnoître, et pour déterminer sans re- tour leur réunion avec cette espèce de minéral.

Meni. du Muséum, t., 2.

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MÉMOIRE

SUR LES ASCIDIES

ET SUR LEUR ANATOMIE.

PAR M. G. CUVIER.

J E suis obligé , comi»e à mon ordinaire , de commencer mes recherches par un exposé historique des variations bi- zarres que la nomenclature de ces animaux a éprouvées.

Les Ascidies sont du petit nombre des mollusques dont le nom ancienne laisse point de doute. Aristote les appelle thethyumj il les avoit parfaitement bien observées, et la description générique qu’il en donne (^Hist. An., lib. IV, cap. Vlj et de Part. An. , lib. VI, c. V) est aussi exacte que celles de nos auteurs modernes.

Rondelet paroît les avoir bien reconnues , quoique sa figure et sa description {de Ins. et Zooph. , 127) ne puissent faire déterminer positivement l’espèce dont il a parlé. On distingue un peu mieux deux autres animaux dont il traite ensuite (p. 128 et 129) sous le nom de mentida niardna, et qui sont également deux espèces d’ascidies. En effet, les pêcheurs de la Méditerranée, gens peu réservés dans leur langage, donnent encore aujourd’hui aux ascidies, dans leurs divers jargons, des noms qui équivalent à celui-là.

Gesner et Aldrovande commencèrent à embrouiller l’his-

SUR LES Ascidies.

1 1

toire de ce genre en joignant aux téthyes de Rondelet celles de Bélon ( Aquat. , ^33 ) , qui ne sont que des alcjo nium.

Linnæus, dans sa IV®. édition, plaça un tliethyuin dans son système en défigurant un peu son nom et en l’appelant thethys’ il indiqua même que l’animal des bivalves étoit un thethys , ce qui prouve qu’il n’ignoroit pas l’analogie des bivalves avèc les ascidies. Mais comme Redi ( Opusc. III, pl. XXII) avoit décrit une espèce d’ascidie, et l’avoit nom- mée microhosmus , à cause des petites coquilles et autres objets variés qui s’attachent à son enveloppe, Linnæus adopta aussi le genre inicrocosmus , et je ne sais par quelle incon- cevable confusion d’idées il donna ce petit mollusque pour identique avec le microcosmus de Bartholin , prétendu ani- mal de la mer du Nord assez grand pour paroître comme une île, et pour tromper les navigateurs.

Dans la 6®. édition, il se fit, sous le genre Thetys, un mé- lange presque aussi singulier des caractères des ascidies et de ceux de la thethys d’aujourd’hui; il n’y eut même que celle-ci de figurée comme type du genre ; et toutefois l’ani- mal des bivalves porta encore le nom de thethys , qui ne lui convenoit plus du tout.

Le microcosmus fabuleux, et celui qui reposoit sur un objet réel, disparurent également dans la dixième édition; s’il y fut question à’ ascidies , elles n’y furent indiquées que fort obscurément sous le genre priapus , et le nom de the~ thys fut appliqué à Yaplysia ou lièore de mer, qui y fut confondu avec le thethys d’aujourd’hui; néanmoins les bi- valves eurent toujours des thethys pour habitans.

12

SUE LES Ascidies.

Cependant BoJiatsch {Ajiiin. mar. ^ pi. X), et Plancus ( Conch. min. , not. , pl. V et VII ) , décrivirent et repré- sentèrent avec assez d’exactitude plusieurs espèces auxquelles ils donnèrent leur véritable nom de thethyum^ Baster ( Opusc. subsec. , II^ X ^ 5 ) en observa une qu’il caracté- risa fort bien, et pour laquelle il imagina le nom di ascictium , dérivé à’àmov ( outre ) , parce qu’en effet cette espèce a cpel- que rapport de figure avec une outre. Ce naturaliste ajouta à sa description une remarque très-juste sur l’analogie de la structure intérieure de son ascidium avec celle de l’huître. Pallas i^Miscell. Zool., 74) proposa la réunion des the- thyuin et de \ ascidium, et Linnæus l’effectua dans sa Xlle. édition, sous le nom à’ascidia, joignant aux trois es- pèces de Bohatsch trois autres espèces observées dans la mer du Word par Kœnig , et donnant enfin aux bivalves, des ascidia pour habitans. C’est aussi seulement dans cette Xlle. édition qu’il fixa le nom de thethys exclusivement sur les animaux qui le portent aujourd’hui.

Depuis ce temps-là Otton Frédéric Millier {^Zool. danici), Otton Fabricius {^Faun. Groëiil.), l’abbé Diquemare ( Journ. de Phys. ) , et Pallas ( dans ses Spicil. et dans les Mém. de Petersb. ) , ont décrit et représenté un assez grand nombre d’ascidies, que Bruguières et Gmelin ont rassem- blées dans leurs compilations à peu près comme ils les ont trouvées dans ces auteurs, et sans apporter beaucoup de critique dans la distinction des espèces.

Il seroit, en effet, très-difficile de les caractériser d’après les documens que l’on possède. La forme extérieure des as- cidies étant sujette à beaucoup de variations , leur surface.

SUR LES Ascidies.

i3

offrant peu de différences, leur couleur ne se conservant pas après la mort, et différant probablement pendant la vie, selon l’àge et les lieux elles ont pris leur croissance , il est malaisé de les distinguer sûrement, c[uand on n’a pas

c[ué que d’une manière superficielle.

A entendre la plupart des auteurs il n’y auroit qu’un in-= testin à deux issues, l’une qui admettroit l’eau, la seconde qui la rejetteroit. Les branchies et tous les autres organes ne sont annoncés que sous les noms vagues de tunic[ues, de membranes vasculaires, etc., et leurs vraies connexions ne sont jamais bien saisies. On peut juger de l’imperfection de nos connoissances sur les ascidies, et du peu de résultat qu’ont obtenu les recherches de Müllej' , de Plancus et des autres natui’alistes, par le résumé que l’on en trouve dans l’article sur ce genre, que Pruguières a rédigé pour l’En- cyclopédie méthodique. L’analogie même que Linnœus paroissoit avoir saisie, et qui a été plus explicitement indi- quée par Baster et par P allas, entre Y ascidie et Y huître , quoique réelle à plusieurs égards, est un renseignement in- suffisant parce qu’on ne dit point jusqu’où cette analogie va, ni à cjuel point elle s’arrête; et M. Poli qui sembloit naturellement appelé à traiter des ascidies, dans son bel ou- vrage sur les coquillages des deux Siciles, e^t qui, s’il s’en étoit occupé, ne nous auroit probablement rien laissé à dé- sirer sur leur organisation, les a cependant omises , parce cju’il n’a voulu traiter que des testacés proprement dits , c’est-à- dire, des animaux revêtus de véritables coquilles. Tout nou- vellement encore, M. le chevalier Bçerard Home, dans

l4 s Ü R L E s As C I B lE s.

ses belles Leçons d’ Anatomie cojnparée , I, p. 870, et II, pl. LXXIV, se borne à traiter des organes de la digestion, et ne parle 'des branchies que comme de tuniques qui en- velopp'eroient les viscères,,

J’avois doue à compléter une lacune importante dans riiistoire des mollusques, et je me suis donné depuis long- temps beaucoup de peine pour rassembler diverses espèces d’ascidies, princijDalement de celles qui par leur grandeur pouv oient me faire espérer plus de succès. J’ai donné, il y a dix-huit ans, une courte Notice de mes premières observa- tions à ce sujet (^Bulletin des Sciences , avril 1797 ). J’ai inséré quelques détails de plus en divers endroits de mes Leçons d’ Anatomie comparée , nommément au 11^. vol., p. 3i2, et au IV®. , p. i25 et 4^85 mais je présenterai au- jourd’hui l’ensemble de ce que j’en ai observé, à diverses époques, et je l’accompagnerai de figures.

Je regrette que mou travail soit encore aussi imparfait; mais les individus que j’ai eus à ma disposition n’ont pu me conduire plus loin; les naturalistes qui pourront en observer dans un état plus frais feront ce que je n’ai pu faire.

L’ascidie est toujours fixée , par sa base, aux rochers ou dans le sable, ou sur des varecs, ou sur des coquilles sédem taires, telles que des huîti’es, des anomies, ou enfin sur d’autres ascidîgs, quelquefois d’espèces différentes.

Assez généralement cependant les individus d’une même espèce sont rapprochés les uns des autres et forment des espèces de groupes ; lorsqu’ils s’attachent les uns sur les autres ils ont quelcjuefois l’air ramifié; mais cette ramification n’est qu’apparente et n’établit point d’union organique entre les

SUR LES Ascidies. i5

individus, comme il en existe, par exemple, entre les branches d’un» même tronc de polype (i).

On peut donc se borner à la considération des individus isolés. Chacun d’eux présente une masse, ou une sorte de sac, fixé par sa base ou par un de ses côtés, dont la forme varie à l’infini, selon les espèces, et dans chaque espèce se- lon les corps voisins qui en ont gêné le développement; tantôt ce sac est globuleux, tantôt ovale, ou conique, ou cylindrique; dans certaines espèces sa base s’allonge en un pédicule grêle; sa surface est tantôt égale, tantôt bosselée, ou mamnielonnée , ou ridée, ou plissée, ou tuberculeuse, ou même épineuse , ou enfin garnie d’excroissances bran- clîues; mais ce qui est constant, et ce qui fournit le carac- tère extérieur le plus essentiel du genre , ce sont deux ou- vertures, dont les bords forment un bourrelet que l’animal retire ou fait saillir, dilate ou rétrécit à volonté, et cjui est ordinairement sillonné en rayons lorsqu’il est rentré, et di- visé en festons lorsqu’il est épanoui.

L’une de ces ouvertures, presque toujours placée au som- met du sac extérieur, reçoit l’eau de la mer et l’introduit dans la cavité des branchies; c’est aussi par elle que l’eau est rejetée quand l’animal veut en renouveller la provision.

Lorsqu’on irrite une ascidie elle fait jaillir cette eau en un filet qui s’élève quelquefois à plusieurs pouces.

(i) Cette observation n’est certaine que par rapport aux ascidies propi-ement dites; mais il paroit qu’il existe des animaux composés, ou au moins groupés d’une manière intime, qui ont beaucoup d’analogie avec les ascidies dans leur structure individuelle. M. Savigny vient d’en faire l’objet d’un Mémoire très- intéressant.

ï6 SUR LES Ascidies.

La seconde ouverture est d’ordinaire, placée un peu plus bas que la première, et si l’on s’en rappoi’toit aux aiÿ,eurs qui ont parlé de ces animaux, l’ascidie rejetteroit aussi par cet endi’oit l’eau de la mer j il y en a même qui ont écrit que cette eau entre par une ouverture et ressort par l’autre.

L’anatomie ne confirme point ces idées; la seconde ou- verture, comme nous le verrons, ne reçoit que le rectum et l’organe de la génération , il n’existe aucune communication entre elle et la cavité branchiale; et si il est arrivé quelque- fois que l’eau de la mer ait été lancée par là, ce n’a pu être, à ce qu’il me semble , qu’à la suite de quelque ru^ure occa- sionnée par les efforts de l’animal. J’engage toutefois les per- sonnes qui observeront des ascidies vivantes , à s’assurer de ce c[u’il peut y avoir de réel à cet égard.

On ne voit rien de plus au dehors de l’ascidie, et pour connoître le reste de sa structure il faut ouvrir le sac exté- rieur, ce qui est d’autant plus facile, qu’il est d’une subs- tance généralement cartilagineuse , se laissant aisément divi- ser, presque toujours demi-transparente, et d’une épaisseur variable, selon les espèces, depms plusieurs lignes jusqu’à des fractions assez petites de lignes.

Cette substance est très -bien organisée; elle reçoit du corps proprement dit des troncs artériels et veineux, que sa substance demi-transparente, dans certaines Espèces, permet à l’œil de suivre jusqu’à leurs dernières ramifications, et qui forment un magnificjue réseau.

Outre un épiderme extérieur plus ou moins visible, cette première enveloppe est toujours doublée étroitement à l’in- térieur par une membrane d’une autre nature. Le plus sou-

surlesAscidies. 17

vent elle est très -mince et séreuse j dans quelques espèces elle prend de Tépaisseur et de consistance et se rapproche de la nature du cartilage 5 elle est aussi généralement arro- sée de vaisseaux très-visibles.

Le corps proprement dit de l’animal est suspendu dans la cavité du sac; il n’est jamais aussi volumineux que cette ca- vité, en sorte qu’il reste toujours entre le corps et le sac, un intervalle assez considérable et cpie je suppose rempli dans l’état de vie joar quelque liquide; mais je pense C[ue c’est un liquide sécrété ou transsudé au travers de la tunique propre du corps ou de la membrane interne du sac, car ce corps a deux productions qui s’unissent aux bords des deux ouvertures du sac, en sorte que l’eau extérieure ne me pa- roît pouvoir pénétrer que dans le corps même et spéciale- meiU dans la cavité des branchies. En effet, la membrane qui tapisse en dedans l’enveloppe extérieure de l’ascidie, se réfléchit sur son corps proprement dit, et le revêt en dehors, comme le péritoine après avoir tapissQ les parois de l’abdo- men se réfléchit sur l’intestin, ayec cette différence cepen- dant qu’il n’y a point de mésentère , et c[ue la connexion se fait seulement près des deux orifices. La veloutée et en général les membranes muqueuses se continuent de la même manière avec l’épiderme de cette enveloppe extérieure ; ce- pendant comme j’ai trouvé souvent leur continuité déchirée, dans les ascidies que j’ai examinées , il se pourroit qu’il y eut, dans l’état de vie, auprès des deux ouvertures quelques pores ou même quelques communications plus directes, et c’est encore un point que j’engage les observateurs à vérifier.

Outre l’adhérence de ses deux productions aux bords des

Mém. du Muséum, t. 2. 3

i8 SUR LES Ascidies.

deux ouvertures, le corps proprement dit tient encore au sac par le double tronc de vaisseaux qu’il y envoie, et dont nous avons parlé ci-dessus. Dans tout le reste de leur étendue le corps et le sac n’ont point d’union directe.

Le corps proprement dit a, comme je viens de le dire, une tunique propre qui l’enveloppe en entier; on peut y distinguer une lame extérieure séreuse, qui se continue avec la membrane interne de l’enveloppe extérieure, et un tissu musculaire, plus ou moins continu; l’on y voit aussi des ra- mifications nombreuses de nerfs et de vaisseaux. C’est à cette tunicjue qu’adhère le ganglion nerveux le plus considérable de l’ascidie.

Lorsqu’on ouvre avec précaution la tunique propre du corps, on voit que celle de ses productions qui va à l’ouver- ture supérieure du sac, ne renferme que le col de la cavité branchiale, laquelle cavité s’enfonce plus ou moins, selon les espèces, dans Fintérieilr de la tunique propre , mais n’a d’autre ouverture da«s son fond que la bouche, et ne com- munique nullement avec la seconde production de cette même tunic|ue qui se rend à la seconde ouverture du sac, et qui ne contient jamais que l’extrémité du rectum et celle de l’organe génital.

Le reste des viscères est enveloppé dans un péritoine par- ticulier elle cœur a en outre son péricarde; ainsi l’on peut considérer le corps proprement dit, comme divisé en trois cavités : celle des branchies cjui communique avec l’extérieur par l’ouverture supérieure du sac, et dans le fonds de la- quelle s’ouvre la bouche; celle, du péritoine cjui ne commu- nique point avec l’extérieur par elle-même, mais qui est

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traversée par le tube intestinal, lequel après avoir pris nais- sance dans la cavité branchiale communique au dehors par le rectum et la deuxième ouverture du sac^ enfin celle du péricarde, qui n’a point de communication médiate ni im- médiate avec l’extérieur. . ^

La cavité branchiale est un grand sac qui reçoit l’eau, en conduit une partie à la bouche avec les petits animaux ou autres molécules alimentaires qu’elle peut contenir^ et cjui rejette l’autre partie après qu’elle a servi à la respiration; on pourroit donc dire en cjuelque façon que les ascidies ont leurs organes respiratoires dans la bouche ou dans l’œso- phage, mais alors il faudroit nommer bouche l’ouverture supérieure du sac, et pharynx ou cardia, ce que nous avons appelé bouche; or, je crois cette dernière dénomination plus juste, pai’ce que c’est le seul nom c[ui puisse convenir dans les huîtres et autres bivalves à l’orifice analogue.

Quoi qu’il en soit, cette cavité branchiale a un col, ou un tube d’introduction, plus étroit qu’elle-même, et dans lequel le tissu respiratoire ne s’étend point. Il est garni d’une rangée de filamens charnus, ou de tentacules très -fins, qui servent sans doute h l’animal pour l’avertir des objets nuisibles qui pourroientse présenter et qu’il doit l’epousser. Il n’est pas im- possible cju’en certaines occasions les ascidies renversent assez cet orifice de leurs branchies , pour que ces tentacules pa- roissent au dehors, et c’est ce c|ui les aura fait prendre pour des caractères jiarticuliers de certaines espèces; mais je les crois communs à toutes. Il y en a même qui en ont deux rangées.

La cavité branchiale est un grand sac aplati par les côtés,

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SUR LES Ascidies. et qui varie beaucoup pour l’étendue, pour la profondeur, et même pour la forme. Quelquefois, comme dans Yascidia clwata , elle n’occupe qu’une petite portion de la longueur du corps; plus souvent, comme dans Yascidia micro co sinus , elle occupe tQute la longueur et la largeur d’une des faces du corps, et le reste des viscères occupe l’autre face; alors sa forme estoblongue, ovale ou rectangulaire; c[uelc[uefois , comme dans Y ascidia ' je nomme inammillata , et dans le reclus marin de Diquemare que j’appelle ascidia mona- chus , après être descendue justjue dans le fonds de la tu- nique du corps, elle se recourbe, et son fônds à elle est au milieu de la longueur et regarde son entrée. C’est dans ce dernier cas c[ue ses parois ont le plus d’étendue. Le plus souvent les parois du sac branchial sont étendues et sans plis; niais dans quelques espèces , et à ce qu’il paroît dans toutes celles dont la tunique propre du corps est très-coriace, ces parois forment des plis profonds et réguliers , premiers indices des quatre feuillets branchiaux des bivalves.

Quelle que soit au reste la forme et la disposition géné- rales de ce sac, le tissu de ses parois reste le même, et est fort remarquable; aussi plusieurs auteurs en ont-ils été frap- pés, sans en connoître l’objet. Il consiste en une infinité de petits vaisseaux cjui se croisent â angles droits et intercep- tent des mailles quadrangulaires ; au microscope on remarc[ue des vaisseaux plus petits qui subdivisent encore les mailles.

Avec un peu d’attention, l’on aperçoit bientôt cjue les pe- tits vaisseaux verticaux viennent des vaisseaux transverses, et que ceux-ci tiennent par leurs deux extrémités à deux grands troncs, aussi verticaux , qui occupent chacun l’un des

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côtés ou plutôt des arêtes du sac j ainsi il est naturel de croire que l’un de ces troncs est l’artère et l’autre la veine branchiale.

L’un des deux aboutit au cœur, et quoicjue je n’aie pu bien distinguer les valvules, l’analogie des molluscjues gasté- ropodes et plus encore celle des bivalves ne me pei’met pas un instant de douter que le sang n’aille de ce tronc dans le cœur, ou en d’autres termes que ce tronc ne soit la veine branchiale. Le tronc opposé c[ui est souvent double, sera donc l’artère, et recevra les veines du corps; en effet, l’on voit beaucoup de filets vasculaires qui s’y rendent, soit de la tunique générale du corps soit des viscères. L’ascidie n’au- roit donc, comme les gastéropodes et les acéphales, c[u’un ventricule gauche ou aortique , et il n’y auroit point de ven- tricule sur la réunion de la veine cave et de l’artère pulmonaire.

Ce ventricule, ou ce cœur aortic[ue, n’est pas toujours fa- cile k observer.

Lorsque la branchie est simplement oblongue, il est situé vers son fond , et par conséquent lorsqu’elle est aussi longue que le corps il est vers le fond de la tunique propre ; et quand la branchie est plus courte que le corps il se trouve vers le milieu de cette même tunique.

Lorsque la branchie est recourbée il se trouve dans sa courbure et alors il est toujours vers le milieu de la tunique propre ou du corps.

En général, sa position paroît déterminée par celle de la bouche plutôt que par. celle du rectum, et le rectum ne le traverse jamais, comme dans le plus grand nombre des bi- valves.

Sa forme est oblongue, amincie aux deux bouts; sa siib-

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SUR LES Ascidies, stance est extrêmement mince et transparente, en sorte qu’on a souvent peine à le distinguer au milieu de son péricarde. Far une extrémité il reçoit le tronc des veines branchiales, et par l'autre il donne l’aorte qui distribue le sang à toutes les parties.

Je dois cependant convenir que dans les espèces à bran- chies recourbées, il m’a été impossible d’apercevoir une di- latation assez marcjuée pour mériter proprement le nom de cœur; l’artère en fait-elle la fonction, ou n’ai-je pu découvrir le véritable organe? c’est ce que des observateurs plus heu- reux parviendront peut-être à déterminer.

Nous avons vu que la bouche est dans le fond de la ca- vité branchiale ; ainsi quand cette cavité pénètre jusqu’au fond de la tunicjue propre , c’est aussi dans ce fond qu’est la bouche. Lorsque la cavité branchiale s'arrête au milieu du corps, ou lorsqu’elle y revient en se recourbant, la bouche se trouve aussi vers ce milieu. Tantôt la bouche est un simple trou rond, tantôt c’est une fente, ou même une ouverture divisée par plusieurs sillons , mais qui n’a ni lèvres ni tenta- cules particuliers. La position de la bouche détermine la position et la direction de l’œsophage et la position de l’es- tomac.

L’œsophage est court, et plissé longitudinalement. L’esto- mac est simple, médiocrement dilaté, diversement ridé à l’intérieui’, selon les espèces, et a ses parois percées pour re- cevoir labile; le foie adhère d’une manière intime aux côtés de l’estomac , et y verse sa bile par plusieurs orifices, comme dans les bivalves; l’intestin est simple, sans cæcums, et n’a généralement qu’un ou deux replis. Ses parois sont

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SUR LES Ascidies.

épaissies par un tissu glanduleux qui y verse probablement aussi quelque liqueur. Il se termine par un rectum qui sort du péritoine pour faire flotter son extrémité dans la deuxième production de la tunique propre du corps, en sorte cjue les cxcrémens tombent dans cette production qui leur donne issue au travers de la deuxième ouverture de l’enveloppe extérieure. Les ascidies ne me paroissent devoir se nourrir que des molécules déliées qui pénètrent avec l’eau de la mer dans leur cavité branchiale. J’ai trouvé à la vérité assez sou- vent des petits crustacés et d’autres débris d’animaux dans cette cavité; mais comme ils doivent en blesser aisément le tissu délié, comme j’ai même observé de ces petits crustacés qui avoient déchiré ce tissu et avoient pénétré entr^ lui et la tunic[ue propre, je pense C[ue la déglutition de ces animaux est un accident fâcheux pour l’ascidie, et non pas son moyen naturel d’alimentation.

On ne trouve dans l’estomac qu’un magma très-atténué ; les intestins renferment des* excrémens terreux moulés en petits filets courts comme dans beaucoup d’autres mollusc|ues.

On ne peut guère considérer que comme appartenant à la génération, un organe glanduleux, blanchâtre, placé entre les replis de l’intestin avec le foie , mais dont le canal exté- rieur, souvent très-ondulé, suit le rectum et y débouche tout près de son extrémité. J’ai trouvé quelquefois de petits grains que je suis disposé à prendre pour des œufs, entre le sac branchial et la tunique propre. Cette position est assez analogue à celle que les œufs prennent dans l’épaisseur des branchies des bivalves. Comme le rectum débouche dans la deuxième production de la tunique propre, il ne seroit pas

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impossible que la liqueur séminale versée jjar le conduit ex- créteur dont j’ai parlé, allât féconder les œufs du même in- dividu placés comme je viens de le dire^ il seroit possible aussi quelle se répandît au dehors pour féconder ceux que d’autres individus auroient pondus dans le voisinage : cepen- dant comme les ascidies n’ont point de locomotion, je pense qu’elles doivent se suffire à elles-mêmes.

La partie bien visible du système nerveux consiste en un ganglion oblong très-facile à reconnoître pour ce cju’il est, placé dans l’épaisseur de la tunique propre, entre la. pro- duction qui donne entrée aux branchies , et celle répond l’anus. Il donne des branches que l’on suit aisément, parmi lesquelles on en distingue dans les grandes espèces deux cjui se rendent à l’œsophage et l’entourent d’un anneau. L’ana- logie ne permet pas de douter que cet anneau ne soit le cer- veau. Le ganglion répond à celui qu’on trouve dans les bi- valves, entre les branchies, et vers l’origine du tube qui amène l’eau.

Telles sont les remarc[ues générales auxquelles donne lieu l’anatomie des ascidies dont j’ai pu disposer. Je vais mainte- nant passer aux obsèrvations relatives à chaque espèce eu particulier.

Je commencerai par une espèce qui, bien que connue et décrite l’une des premières, ne figure point séparément dans Gmelin; c’est le microcosinus de {^Opusc. III), cjui

me paroît le même cjue le rnentula rncirina informis de Plancus ( min., not. Ap. VII, et Comment, bon.,

V, II, 4“7 )j Vascidia sulcata de M. Coc[uebert

( Bullet. des Sc., avril , Ij i )• Gmelin ne cite point

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SUR LES Ascidies. aS

point du tout le premier de ces synonymes, et place le se- cond sous ascidia mentida , mais très-mal à propos comme nous le verrons. Bruguière le transporte sans meilleurs motifs à \ ascidia rustica. C’est une espèce très -distincte, remar- quable par sa grandeur, par la dureté tout-à-fait coriace, et par l’extrême rugosité de son sac extérieur. Ce sac est dif- ficile à entamer avec des ciseaux , ridé comme un vieux par-